17-09-2007, 11:29 AM
Internet facilite le travail des traducteurs : ils y trouvent instantanément les exemples d'une expression rare ou d'une tournure curieuse qui demandaient, autrefois, de longues et parfois infructueuses recherches. Et ce ne sont pas les résultats de la traduction automatique - dans l'ensemble encore pitoyables - qui les menacent. A l'évidence, la Toile facilite aussi la vie des lecteurs : qui se plaindrait de pouvoir accéder, de façon immédiate et gratuite, chez soi, à des milliers et des milliers de traductions d'oeuvres du monde entier ?
Faut-il en conclure que tout est pour le mieux dans le meilleur des cybermondes possibles ? Rien n'est moins sûr. Car l'un des effets pervers du nouveau système, c'est le risque que les mauvaises traductions chassent les bonnes. En effet, une traduction en libre accès est généralement une édition ancienne, tombée dans le domaine public. On trouve donc en ligne, en particulier pour les auteurs classiques, et notamment pour les textes grecs et latins, un grand nombre de traductions du XIXe siècle.
Un seul exemple : pour lire un texte difficile et fondateur comme La Métaphysique d'Aristote, on dispose de la traduction française partielle et parfois farfelue de Victor Cousin qui date de... 1838. Heureusement, on trouvera prochainement à l'écran la traduction française intégrale publiée par Jules Barthélemy Saint-Hilaire en... 1879, vieillerie que personne ne serait allé ouvrir en bibliothèque, tellement ses critères sont dépassés et ses exigences différentes de celles d'aujourd'hui.
On dira qu'il vaut peut-être mieux jeter un coup d'oeil sur ce mauvais texte que de ne rien lire du tout. Encore faut-il ne pas le prendre au sérieux, être averti de sa piètre qualité - ce que rien n'indique à l'utilisateur, évidemment.
Ainsi des traductions gratuites, accessibles de partout, mais périmées ou fautives, risquent-elles de se diffuser bien plus vite que des travaux plus récents et plus rigoureux, qu'il faut aller acheter. Faut-il, dès lors, parler de progrès ou de régression ?
Roger-Paul Droit
http://tinyurl.com/2kfxts
Faut-il en conclure que tout est pour le mieux dans le meilleur des cybermondes possibles ? Rien n'est moins sûr. Car l'un des effets pervers du nouveau système, c'est le risque que les mauvaises traductions chassent les bonnes. En effet, une traduction en libre accès est généralement une édition ancienne, tombée dans le domaine public. On trouve donc en ligne, en particulier pour les auteurs classiques, et notamment pour les textes grecs et latins, un grand nombre de traductions du XIXe siècle.
Un seul exemple : pour lire un texte difficile et fondateur comme La Métaphysique d'Aristote, on dispose de la traduction française partielle et parfois farfelue de Victor Cousin qui date de... 1838. Heureusement, on trouvera prochainement à l'écran la traduction française intégrale publiée par Jules Barthélemy Saint-Hilaire en... 1879, vieillerie que personne ne serait allé ouvrir en bibliothèque, tellement ses critères sont dépassés et ses exigences différentes de celles d'aujourd'hui.
On dira qu'il vaut peut-être mieux jeter un coup d'oeil sur ce mauvais texte que de ne rien lire du tout. Encore faut-il ne pas le prendre au sérieux, être averti de sa piètre qualité - ce que rien n'indique à l'utilisateur, évidemment.
Ainsi des traductions gratuites, accessibles de partout, mais périmées ou fautives, risquent-elles de se diffuser bien plus vite que des travaux plus récents et plus rigoureux, qu'il faut aller acheter. Faut-il, dès lors, parler de progrès ou de régression ?
Roger-Paul Droit
http://tinyurl.com/2kfxts
